Gouverner c’est prévoir…

Les mêmes causes, dans les mêmes conditions devraient produire les mêmes effets. C’est ce qu’on pensait généralement jusqu’ici, mais cela ne semble plus toujours hélas vrai. Et pour l’étayer, on pourrait en effet se demander pourquoi à Yaoundé, n’arrivent-on pas manifestement à faire aussi bien qu’à Kigali alors que d’une part, les choix macro-économiques sont relativement identiques même si l’on parle au Cameroun, pour faire joli et exceptionnel, on parle de libéralisme communautaire, alors qu’au Rwanda, on se contente d’être efficace et concret, et que d’autre part, le potentiel naturel et humain n’était au départ, historiquement pourtant pas favorable au Rwanda ?

En effet, la différence que l’on constate entre les performances de ces deux pays, ne pourraient alors s’expliquer que par le fait que la gouvernance camerounaise se caractérise depuis 1982 notamment par deux problèmes majeurs que son homologue rwandais ne connait pas. Il a d’abord un problème de sincérité ou plutôt même de foi et de cohérence dans ce que l’on proclame et fait. Et il a ensuite, un problème de capacité ou même plutôt de compétence de mettre efficacement en œuvre les différents éléments du process, pour atteindre des résultats concrets et pouvoir anticiper dans ce que l’on a décidé de faire. A notre humble sens et à titre d’exemple, Yaoundé donne plutôt l’impression d’un étudiant qui a bien et uniquement appris sa leçon pour passer un examen à un niveau donné de son cursus universitaire. Un apprenant qui une fois qu’il est sorti de la salle d’examen où il a reproduit mécaniquement tout ce qu’il a mémorisé et peut rabâcher, se trouve objectivement dans l’incapacité de se sortir de tout autre problème posé hors de ce contexte et de ce qui était prévu. Gouverner en règle générale, c’est pourtant prévoir et être tout le temps en capacité de donner des réponses aux nombreux problèmes que pose constamment la direction du pays dont on est en charge.

Au regard de ce qui précède, au Cameroun, Indépendamment des orientations et des choix politiques, il se pose donc un problème intrinsèque de capacité à faire face à tous les imprévus qui parsèment naturellement en général les chemins d’une gouvernance moderne. Capacité que l’on semble maîtriser au Rwanda et pas manifestement dans ce pays au vu des résultats de l’un et des errements de l’autre.

En effet, au Cameroun, il se trouve que tout tourne autour d’un homme et non pas d’un projet de société clairement défini et décliné à la grande différence de ce que l’on a connu par exemple en Turquie avec Mustapha Kemal (Ataturk), à Singapour avec Lee Kuan Yee et que l’on connait plus près de nous au Rwanda avec Paul Kagamé. Dans ces trois pays en effet, la situation politique était et est caractérisée à la fois par la présence d’un homme fort et l’existence d’un projet politique, économique et social volontariste qui in fine, loin de toute déclinaison idéologique, a au moins pour point de mire, la volonté de faire le bonheur des populations. En Turquie et à Singapour, les projets ont survécu à leurs promoteurs initiaux. Au Rwanda, tout semble indiquer que la volonté politique de sa pérennisation ne fait aucun doute puisque le président Kagamé non seulement le dit à qui veut l’entendre mais ne se prive même plus d’afficher son optimisme quant à ce qui est de l’avenir du pays. Il faut dire à ce sujet que pour cela, en leader avisé et responsable sachant que nul n’est indispensable et éternel, il a su s’entourer d’hommes et de femmes qui font la fierté du Rwanda et même de l’Afrique et qui, le moment venu, seront capables de prendre le témoin.

« Si ce que vous apprenez, réalisez, accumulez ou accomplissez meurt avec vous, alors vous êtes un échec générationnel ». L’équipe au pouvoir au Cameroun depuis trente-huit ans pourra-t-elle éviter de connaître ce triste sort ? C’est la question qui se pose à son sujet au-delà de ses choix antipatriotiques.

Jean-Pierre Djemba, le 8 juin 2020

Sillon PANAFRICAIN

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