Cameroun : la difficile équation de la succession de Paul Biya.


Jean-Pierre, le Cameroun est un pays très complexe ». Je ne peux pas me souvenir le nombre de fois que j’ai entendu me dire cela chaque fois que j’ai amené un compatriote à parler de la question du départ de Biya et de la possibilité de son remplacement  par Maurice Kamto qui est pourtant celui qui, ne serait-ce que pour être arrivé second à l’élection présidentielle d’octobre 2018, est censé pouvoir lui succéder si d’une part, il y a une vacance de pouvoir constatée par les instances qui sont constitutionnellement  habilitées à le faire, et d’autre part, si une élection présidentielle était alors organisée dans les règles de l’art, démocratiquement. Compte tenu de la réelle difficulté qu’il y a objectivement de voir clair dans le jeu politique qui s’y déroule au moins depuis quarante ans, le Cameroun est l’un des pays qui pourrait offrir aux bookmakers, la meilleure plateforme pour les parieurs de jeux de hasard. En effet, lorsque l’on porte le regard sur son spectre politique, on a beaucoup de mal non seulement à le comprendre, mais surtout à prédire ce qui pourrait arriver si Paul Biya, le président actuel venait subitement à quitter la scène politique.

Et lorsque l’on fait une analyse poussée et fine de la situation politique qui prévaut dans ce pays, le premier constat objectif auquel on aboutit est celui de l’existence de quatre pôles civils et d’un pôle militaire qui seraient en lice pour la succession au sommet de l’Etat. Dans le quarteron des prétendants civils au pouvoir M. Maurice Kamto et son parti, le MRC, qui n’ont pourtant originalement rien à voir avec le  pôle patriotique mais tirent plutôt leur existence politique de la matrice néo-colonialiste, semblent paradoxalement être la variable d’ajustement du changement.  En effet, ils pourraient non seulement donner au pays son prochain président de la république, mais aussi et surtout, contribuer à desserrer l’étau qui enserre le pôle patriotique et nationaliste qui défend les intérêts de la grande majorité des Camerounais, mais dont l’état d’impréparation et d’impuissance a un grand besoin de la variable d’ajustement Kamto-RMC. Ceci ne serait-ce avec au moins comme résultats faire bouger les lignes politiques du pays et au mieux, obtenir le départ de Biya. Dans le premier terme de cette équation, faire bouger les lignes donnera aux patriotes et aux nationalistes le temps et les moyens d’entrer sérieusement dans le jeu politique où ils sont malheureusement et douloureusement absents depuis de nombreuses années. Dans le deuxième terme, faire partir Biya en y contribuant notablement, constituerait le sésame qui les associerait directement au pouvoir et leur donnerait alors concrètement les moyens leur permettant de se refaire une véritable santé politique et une place sur l’échiquier politique camerounais où ils pourraient alors, en faisant preuve d’intelligence et d’ingénierie politiques, passer du rôle de faiseur  de roi, à celui de prétendant en titre au trône dans les années qui vont suivre.

Selon nous, dans la perspective  de l’après Biya, dans le Landerneau politique camerounais, il y a d’abord objectivement en lice pour la succession, les cinq groupes suivants :  1 – les Bulu du pouvoir ; 2 – les non Bulu du pouvoir ; 3 – Maurice Kamto qui, pour avoir été membre du gouvernement pendant sept ans à titre individuel et non comme représentant d’un parti allié au régime, avant qu’il ne soit porté plus tard à la tête du MRC au moment de sa création, peut être considéré comme ayant appartenu au pouvoir au pouvoir ; 4 – le pôle militaire, commun dénominateur des forces qui précèdent ; 5 – et enfin le pôle patriotique et nationaliste  que l’on peut dans la configuration politique actuelle du pays, sur le plan tactique, considérer comme l’allié objectif et circonstanciel de Maurice Kamto et du MRC. Il faut ensuite noter pour terminer cette présentation, que parmi ces cinq prétendants, il y a d’une part, de réelles possibilités d’alliances et de rapprochements entre une frange du pôle patriotique et nationaliste et le MRC de Maurice Kamto, et d’autre part, entre une frange du pôle patriotique et nationaliste avec la frange politiquement consciente du pôle militaire. Au Cameroun en effet et en général, notamment à cause de la donne ethnique et de la faible conscience d’intérêts de classes sociales, la vie politique ne connaît pas encore les cloisonnements hermétiques et les glacis idéologiques qui caractérisent d’autres cieux. Et voici donc les forces en places.

Les Bulus du pouvoir

Au regard de ce qui se fait et à l’écoute de ce qui se dit, l’on peut convenir que c’est désormais un secret de polichinelle que le pôle Bulu du pouvoir aimerait continuer à tenir la barre  après le départ de l’occupant actuel du palais d’Etoudi. Une telle possibilité aurait pour eux de nombreux avantages et notamment celui de les mettre en sécurité et de leur permettre de conserver leur fortune. Car en effet, il est difficile de croire sérieusement que les quarante longues années du règne de leur frère de tribu n’ont pas permis à leurs élites d’amasser indûment des biens, mais aussi malheureusement de se faire de nombreux ennemis. Et au nombre de ces derniers, il y a notamment en première ligne les élites de la région septentrionale du pays qui n’ont pas jusqu’à ce jour complètement digéré les conséquences du putsch raté du 6 avril 1984 à l’issue duquel ils ont globalement payé un lourd tribut. En effet, aux dires de certaines personnes, ils ont traditionnellement la rancune tenace et ne manqueraient pas si l’occasion se présentait même trente-six ans après, de chercher à solder les comptes des fâcheuses conséquences de la tragique révolution de palais qui endeuilla le Cameroun. Et en passant, cette épée de Damoclès collatéralement aurait pour conséquence de rendre peu probable la possibilité de Marafat Amidou Yaya d’être choisi comme le laisse entendre la rumeur, par la France qui mieux que quiconque, est consciente du risque de déstabilisation que comporterait une telle hypothèse non seulement pour ses investissements dans le pays, mais aussi dans la sous-région déjà en proie à de graves convulsions politiques et à l’instabilité, en Centrafrique notamment. Les Français qui également, sont mieux que n’importe qui au fait des irrédentismes et des dissensions qui couvent d’une part entre les différentes tribus du pays, et d’autre part, des réalités camerounaises qui pourraient s’avérer une boîte de Pandore d’où pourrait sortir un inattendu monstre qui sèmerait alors chaos et désolation .

Les non-Bulus du pouvoir

Ce groupe a pour figure de proue visible la première dame du pays qui assez habilement, est parvenue à mettre en selle un certain nombre de ressortissants de sa région d’origine, l’Est du Cameroun. Et ces derniers comme il fallait s’attendre et comme cela est coutumier en Afrique francophone où la politique rime toujours avec prébendes, ont apparemment pris goût au jeu et au festin. Le plus en vue et le plus actif d’entre eux est M. Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la république qui plus est, depuis un moment déjà jouit d’une délégation de signature qu’il a obtenue de M. Biya. Ce véritable passe-partout lui permet de jouer sans avoir jamais bénéficié de  la nécessaire onction du peuple, le rôle de président de facto du pays dont il nommerait désormais à tour de bras aux postes stratégiques des obligés, et pour lequel il prendrait des décisions allant dans le sens des intérêts du clan. En effet, à travers les nombreux actes importants qui ont depuis été pris et qui notamment portent sur les mouvements dans la grande muette, l’on semble voir la patte de ce clan qui essaye de se constituer la clientèle politique dont il aurait grand besoin au moment décisif. Mais sa principale faiblesse tiendrait cependant d’une part, au fait qu’il ne disposerait pas dans la haute hiérarchie militaire d’officiers identifiés qui lui serait inconditionnellement acquis et dévoués, et d’autre part, qu’il ne pourrait pas objectivement s’adosser sur une base tribale s’étant véritablement affirmée et illustrée sur les plans politique, intellectuelle et économique. Compte tenu de toutes ses limites donc, le seul appui déterminant qui lui donnerait un avantage certain et de sérieuses chances de remporter la mise, serait celui de la France dont les nombreux moyens de pression et d’intervention combleraient alors sans aucun problèmes tous les manquements.

Maurice Kamto ou la dissidence du pouvoir

«Nous n’avons pas créé le MRC pour donner quelques postes de députés ou de maires à quelques-uns», a déclaré quelques temps après les résutats de la présidentielle d’octobre 2018, M. Maurice Kamto lors de son passage à l’émission “La vérité en Face” d’Equinoxe Tv. Dans un pays comme le Cameroun où depuis bientôt soixante ans, la politique ne se résume pour la bourgeoisie aux commandes, pas à autre chose qu’à une source d’enrichissement personnel et où d’ailleurs pour le confirmer, l’ancien Premier ministre M. Achidi Achu n’était pas allé par quatre chemins pour déclarer en pidjin que «Politic na njangi », ces propos sont non seulement étonnants et surprenants, mais peuvent aussi donner lieu à de nombreuses interprétations. Et parmi les lectures auxquelles cela pourrait renvoyer, il y a celle qui porte sur les perspectives historiques qu’une telle décision politique devrait ouvrir au cas où le pays disposerait alors de forces politiques conséquentes travaillant dans ce sens, et ayant à leur tête un homme ou un groupe d’hommes étant déterminés, éclairés, conscients des enjeux et attestant d’un savoir-faire politique et organisationnel.

En effet, dans une telle hypothèse, on serait alors dans une configuration où le parti à la pointe du combat, afin de jouer le rôle de locomotive, devrait nécessairement être un regroupement de personnes poursuivant ensemble de manière permanente un objectif supérieur qui transcendrait leurs propres désirs personnels. A partir de cette définition qui, il faut le dire, n’a rien de révolutionnaire et qui est même plutôt classique dans la nomenclature des partis politiques, au regard de ce qui se passe actuellement au Cameroun, on peut non seulement se demander si le MRC est d’une part ce genre d’organisation, et d’autre part surtout, quels seraient le genre  d’objectifs qu’il  poursuivrait en tant que tel ? La réponse à ces deux questions est très importante car, elle permet d’abord d’expliquer clairement les moments particuliers que nous vivons bientôt depuis deux ans sur le plan politique, mais elle indiquerait ensuite et surtout dans quelle perspective s’inscrivent ces événements.

A la première question, nous répondons en disant que le MRC est un regroupement de personnes et donc un parti politique. Cela ne fait de visu aucun doute et c’est d’ailleurs ce qu’il laisse lui-même entendre. A la seconde question, en nous fondant d’une part sur ce que nous savons de son programme politique qu’on ne pourrait pas qualifier de patriotique ni de nationaliste à l’instar de celui de l’UPC qui lui préconise le passage de  l’Etat néocolonial à un Etat national dans lequel notamment, les intérêts étrangers s’adapteraient aux options de notre peuple et de ses intérêts vitaux, et les intérêts individuels et privés s’effaceraient devant ceux du peuple et des masses laborieuses, c’est-à-dire de l’écrasante majorité qui vit dans le dénuement ;  et d’autre part, en prenant en compte non seulement les conditions qui ont présidé à la création du MRC, mais aussi le pédigré politique des hommes qui l’ont porté sur les fonds baptismaux dont les pratiques, alors qu’ils appartiennent originellement au même creuset qu’eux, s’inscrivent plutôt dans un fonctionnement  atypique  de celui auquel nous ont habitué les membres de l’establishment politique camerounais qui généralement, cherchent seulement et surtout à obtenir leur part du gâteau.  Pour la direction du MRC en effet, ce qui apparaît à l’horizon proche comme objectif   clairement désigné et que l’on chercherait résolument à atteindre, c’est faire partir Paul Biya. 

En effet, il faut dire que le départ de Paul Biya qui est en poste comme président de la république depuis 1982 est une demande populaire non seulement attendue par l’immense majorité des Camerounais qui se bornent simplement à faire la comparaison avec l’époque Ahidjo où il était relativement facile même pour les classes défavorisées, de faire “bouillir la marmite”, mais aussi par des milliers d’autres personnes plus politisées et appartenant généralement à la classe moyenne pauperisée. Pour cette dernière, il constituerait l’une des conditions objectives qui permettrait de déverrouiller un système politique sclérosé et bloqué depuis pratiquement le 6 avril 1984, date du coup d’Etat manqué qui avait été fomenté par les militaires restés fidèles à son prédécesseur, feu Amadou Ahidjo.

Dans ce contexte d’incertitudes politiques, pour le MRC qui à notre avis est plus un parti politique centralisé  porté par un mouvement populaire, qu’un parti politique démocratique d’orientation populaire, réussir le challenge de faire partir l’insubmersible Paul Biya, c’est inscrire son nom dans les annales de l’histoire du pays même si ce résultat à lui seul ne suffira pas à lui ouvrir de nouvelles perspectives politiques et sociales et ne saurait  faire figure du changement structurel et systémique dont le Cameroun a vraiment un grand besoin.

Mais, pour être à peu près sûr d’arriver à ce résultat qui est loin d’être une fin en soi pour le mouvement national camerounais, il faudrait encore une fois à notre avis, que les hommes qui sont à la tête du MRC, non seulement soient conscients de leur limite programmatique et idéologique, et qu’ils aient l’intelligence tactique de composer avec le pôle patriotique et nationaliste historique. La question que l’on est donc en droit de se poser est de savoir, si le MRC en sera capable au-delà de l’objectif louable du départ de Paul Biya qui somme toute, relève d’une simple alternance et non pas d’une alternative qui elle, aurait pour objectif la transformation politique qualitative et profonde de la société camerounaise.

Le pôle militaire comme dénominateur commun et comme un pis-aller

C’est vraiment user d’un euphémisme que de dire que l’oligarchie régnante dans notre pays depuis pratiquement quarante ans, l’a plongé dans un imbroglio dont la sclérose, les contradictions, l’éclatement du corps politique et social que nous venons de décrire, ne sont en fait que la partie visible d’un incommensurable iceberg. Une situation qui a en général tout plombé et surtout rendu difficile et complexe, la succession de Paul Biya. Entre autres choses, l’une des conséquences inattendue de cette situation est désormais qu’au-delà des modalités institutionnelles du mécanisme de dévolution du pouvoir,  sans clairement le dire, beaucoup d’observateurs et même d’acteurs de premier plan pensent que pour débloquer la situation, l’institution militaire pourrait objectivement faire office de «Coup de bélier» qui ébranlerait le système et ainsi jouer le rôle d’arbitre qui renverrait dos à dos, les protagonistes des dissensions et des blocages politiques que connait le Cameroun.

Nous aurions pu dire l’armée camerounaise mais ne le faisons simplement pas parce qu’historiquement cette institution est originellement malheureusement et objectivement viciée et partisane compte tenu des conditions dans lesquelles elle a été créée en 1960, au moment où le pays à accédé à l’indépendance. En effet, comme le dit clairement et justement le président Djeukam Tchaméni dans un document qui a été publié dans la précédente livraison de notre journal et dont nous reprenons de larges extraits ici :  “Elle est mal née pour avoir été créée par le colon français en 1959, avec pour mission originelle, non pas de défendre le territoire national mais de tuer les nationalistes qui luttaient pour une indépendance véritable”.

Toujours selon le sémillant président du Mouvement pour la Démocratie au Cameroun et l’Interdépendance en Afrique (MDI) “Cette armée génétiquement criminelle et antipatriotique … de 1959 à 1982, elle va s’illustrer uniquement par des exactions contre des civils désarmés. Le génie militaire créé pour redorer son blason en mettant les militaires au service du développement n’accomplit pas grand-chose. Il en résulte une relation exécrable avec le peuple camerounais qui percevait les soldats non pas comme des protecteurs mais plutôt comme des miliciens au service du dictateur.

L’espoir de changement né en novembre 1982 avec la venue de Biya est vite étouffée dans le sang par des vrais ou faux coups d’État en 1983 et 1984 qui amènent l’armée camerounaise à s’entretuer. Traumatisé par ces évènements, le nouveau chef de l’État- à la légitimité douteuse car il n’a pas été élu – engage un processus de tribalisation et d’atomisation des forces de défense et de sécurité.”

Est-elle devenue une armée nationale gardienne de notre souveraineté et de l’intégrité de notre territoire ou reste-t-elle encore une simple mutation antipatriotique et hideuse de l’armée coloniale française remplie d’agents des services secrets étrangers ? Est-elle une machine a tuer dépourvue de conscience sociale, faite de mercenaires a la solde des tyrans dans ce monde injuste ou bien est-elle un corps de patriotes politiquement conscients, fidèles au peuple et prêts s’il le faut à aider au rétablissement de l’ordre démocratique et de la paix quand ceux-ci sont menacés par un dictateur ?

des forces armées et au-delà du rôle traditionnellement dévolu a l’armée ils se posent la question de savoir au service de qui l’armée doit se mettre. Dans une société injuste ou une minorité exploite, opprime et marginalise la majorité, est-il possible aux militaires de rester fidèles à la fois aux exploiteurs et aux exploites ? La thèse de l’armée du peuple restitue le militaire dans toute son humanité et lui demande de faire face à ses responsabilités sociales. La majorité des militaires étant issues de classes démunies, il est attendu d’eux qu’ils défendent les intérêts du petit peuple et non ceux d’une clique corrompue qui les instrumentalise pour rester éternellement au pouvoir. Le droit naturel à l’insurrection dont dispose le peuple ou toute partie du peuple s’étend à l’armée du peuple qui ne peut se taire devant les souffrances des populations.

C’est donc non seulement le droit le plus absolu du militaire de se former politiquement, de participer activement aux débats dans la société, mais l’armée se doit de découvrir son caractère de classe, se transformer en une armée du peuple et agir en conséquence.”

Cette description faite par un acteur politiquement engagé dans le camp de la contestation du régime, restitue correctement la situation de l’armée que l’on dit camerounaise par simple commodité de langage puisque lorsque l’on examine la genèse de cette institution, l’on constate que non seulement lors de sa création, elle n’avait rien de nationale, mais qu’en plus, même au fil de son évolution, elle ne l’est toujours pas non plus devenue mais apparaît même plutôt de plus en plus clairement, comme le bras armée du pouvoir autocratique en place. A la lumière de tout ce qui a été précédemment dit, mais surtout encore une fois, compte tenu de la situation dans laquelle le long règne de Paul Biya a objectivement plongé le pays tout entier, l’on doit cependant dire que l’institution militaire au Cameroun à cause des imprévus que l’histoire sait aussi fabriquer, est cette fois réellement à la croisée des chemins. Sa crédibilité et son avenir sont en jeu. Face à l’histoire, elle va devoir choisir entre se transformer et muter de l’armée prétorienne qu’elle est objectivement, à l’armée véritablement nationale, qu’elle pourrait devenir.  Elle va en effet devoir faire le choix entre d’une part, la défense des intérêts de l’Etat néocolonial au service de l’étranger, et d’autre part, celle d’un Etat véritablement national, incarnant les aspirations profondes du peuple et des masses laborieuses. Dans l’idéal, cette mutation devrait être de son propre fait et non pas de celui des forces qui pourraient sortir victorieuses du bras de fer qui a sourdement lieu actuellement entre les forces centrifuges et réactionnaires au pouvoir, et les forces qui aspirent faute d’une alternative, à tout le moins à une alternance politique qui instaurait alors au Cameroun un régime garantissant véritablement à toutes les opinions et à toutes les forces politiques, les libertés démocratiques.

Le pôle patriotique et nationaliste

Le paradoxe avec ce pôle qui est non seulement pourtant le plus politisé par rapport à tous les autres, mais aussi en plus, celui qui pourrait véritablement changer structurellement la donne politique du Cameroun, est qu’il se présente objectivement comme le moins bien organisé actuellement et donc le moins bien préparé à la compétition et aux changements en cours.  Compte tenu donc surtout de ce paradoxe, l’élément qui pourrait faire pencher la balance de son côté, et qui ouvrirait alors du même coup une perspective politique historique au pays, serait qu’il parvienne dans cette configuration éclatée et bloquée en ce moment plutôt crucial pour le Cameroun, à nouer une alliance soit avec Maurice Kamto et le MRC, soit avec le pôle militaire ayant au préalable fait son aggiornamento. Ceci non pas pour provoquer automatiquement un changement systémique, mais au moins pour arriver à une alternance qui fasse notablement bouger les lignes et qui ouvre ainsi de nouvelles perspectives. En effet, faute d’être prêt pour prendre le pouvoir et mettre en œuvre un programme patriotique et nationaliste, il faut au moins que les membres de ce groupe puissent désormais notablement et sérieusement, d’une part, entrer dans le jeu politique dont ils ont effectivement été écartés jusqu’à présent, et d’autre part, permettre au camp qu’ils représentent et dont ils incarnent les valeurs, de pouvoir raisonnablement travailler au progrès du pays.

En termes clairs, en tant que patriotes et nationalistes regroupés dans une organisation révolutionnaire, pour ce camp donc, le départ de Biya est un impératif absolu ne serait-ce que parce qu’il va desserrer le terrible étau qui les enserre depuis les années 1990 qui ont connu une réelle tentative de recomposition politique qui a malheureusement tourné court et a pratiquement abouti à leur étranglement.

Concrètement ce camp essaye de s’organiser actuellement à travers différents fronts de lutte. Premièrement dans l’Alliance Patriotique (A.P.) qui pourrait jouer en tant que solide organisation regroupant les patriotes, les nationalistes et les révolutionnaires camerounais, le rôle de porte étendard et de guide en ce moment où la lutte du peuple camerounais se trouve à nouveau à la croisée des chemins. Deuxièmement, comme Cadre de concertation et de réflexion (CCR) permettant à tous les éléments de la mouvance patriotique, nationaliste et révolutionnaire de retrouver les réflexes qu’ils ont malheureusement perdus pendant ces longues années d’hibernation et d’inactivités de l’ensemble de l’opposition intégrée. Pour que ce travail porte notamment à conséquence, il faut nécessairement d’une part que ces fronts de luttes parviennent à regrouper le plus largement possible en leur sein les forces de progrès du pays et à mettre un accent particulier dans le travail organisationnel qui à cruellement fait défaut dans les luttes antérieures à 1990. Pour surmonter ces faiblesses, elles doivent mettre à contribution l’expertise des militants révolutionnaires authentiques ayant non seulement fait leurs classes et leurs preuves, mais ayant surtout une claire conscience des enjeux du moment, de l’avenir proche et du long terme, et attestant également d’un véritable savoir-faire politique et organisationnel.

Ces perles rares existent-elles dans leurs rangs ? Oui ! La question qui se pose est de savoir si on sera capable de les identifier et surtout de leur faire jouer leur rôle historique ?

la rédaction.

Sillon PANAFRICAIN

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