L’opposition camerounaise, depuis les années 1990, peine à incarner une véritable perspective historique pour le pays. Le cœur de son problème réside dans la confusion permanente entre la politique au sens noble et la politique politicienne.
La politique noble est avant tout une affaire de conviction idéologique et d’altruisme. Elle vise le bonheur du peuple à travers des objectifs clairs et s’appuie sur la nécessité “intelligente” et pratique de concrétiser les souhaits légitimes de la majorité. Au-delà des besoins immédiats, elle se préoccupe de créer dans la durée les conditions morales et matérielles nécessaires à cet épanouissement.
À l’inverse, la politique politicienne, qui malheureusement domine souvent la scène camerounaise, est une conception patrimoniale et carriériste de l’action publique. Elle est synonyme de promesses “qui n’engagent que ceux qui y croient” et se caractérise par le non-respect “cavalier et ostentatoire” des principes fondamentaux de la gestion des biens publics en république et démocratie : prévoir, décider, exécuter, contrôler et sanctionner.
C’est cette incapacité à voir plus loin que les intérêts partisans et la promotion des carrières qui mène à se demander si l’opposition camerounaise n’a pas une vision très limitée, ne voyant pas “plus loin que le bout du nez d’un politicien”.
Le véritable enjeu pour le Cameroun, au-delà des joutes électorales, est l’émancipation réelle du pays. Depuis 1960, le pays est sous la coupe d’intérêts étrangers alliés à une bourgeoisie locale compradore. Le régime néocolonial, mis en place à l’indépendance, avait pour “mission historique” de perpétuer le projet colonial : soumission politique, exploitation économique, et, par conséquent, l’avilissement et la paupérisation des populations. Plus de soixante ans après, les héritiers de ce régime néocolonial incarnent toujours cette “quintessence de cette entreprise coloniale”.
Pour une opposition conséquente (déterminée, consciente des enjeux, et dotée d’un savoir-faire politique), l’objectif n’est pas de pérenniser le déni d’humanité de la colonisation, mais de rétablir le pays dans ses droits légitimes et historiques bafoués.
Dans le contexte actuel, marqué par un président en poste depuis 43 ans dont le bilan est jugé “absolument négatif”, deux questions fondamentales se posent: Quel est le véritable enjeu politique ? Et le chef de l’État est-il encore en capacité de remplir sa lourde tâche ?. Ce magistère présidentiel, qui n’a pas satisfait les besoins de base et prend “toutes les apparences d’une monarchie”, va à l’encontre de l’aspiration profonde des Camerounais à vivre en citoyens libres dans une république où la loi s’applique à tous et où l’alternance est une condition de la réalité démocratique.
Face à cela, la priorité d’une opposition intelligente ne doit pas être la simple alternance, mais l’alternative.
Le fait que l’opposition privilégie le remplacement (l’alternance) au lieu de l’alternative est justement ce qui soulève la question de sa pertinence. Elle semble regarder la politique par le mauvais côté des jumelles, se focalisant sur la promotion des carrières au lieu de créer les conditions du bon fonctionnement des institutions et de la démocratie réelle
L’avenir du Cameroun, comme des autres pays africains aux frontières arbitrairement dessinées à Berlin en 1885, nécessite d’ouvrir deux ordres de perspectives:
Dans la nouvelle scénographie politique mondiale (géopolitique internationale), l’idée-force n’est plus la vassalité, mais l’affirmation assumée de la souveraineté et de la responsabilité. Cela doit s’inscrire en accord avec la vision d’Aimé Césaire : un développement qui procède d’une croissance interne, d’une “nécessité intérieur, par progrès organique”, sans qu’aucune influence extérieure ne vienne “gauchir cette croissance, ou l’altérer ou la compromettre”.
Le chantier de la refondation du Cameroun est immense. C’est dans la direction de l’alternative, de la souveraineté et de l’émancipation panafricaniste que doit résolument s’inscrire l’action de toute opposition camerounaise digne de ce nom.
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