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​Une Analyse du Piège de la « Pureté » et de l’Instrumentalisation Systémique

​La quête d’une opposition « pure » et sans tache est devenue une obsession toxique sur le continent africain. Dans des nations où le multipartisme a été plus forcé qu’organique, cette quête est le symptôme tragique d’une stratégie déployée par les régimes autoritaires : l’instrumentalisation économique du champ politique. Cet article propose de décortiquer comment le contrôle de l’ascenseur social non seulement divise l’opposition, mais crée aussi les conditions de sa propre délégitimation populaire.

​1. 📜 Le Mythe de la « Pureté » : La Malédiction de la Méfiance

​La suspicion populaire envers les leaders d’opposition est souvent le fruit d’un traumatisme historique : les ralliements spectaculaires et les cooptations d’anciens « révolutionnaires » au sein des gouvernements. Ce passif a engendré une doctrine populaire dangereuse :

  • Le Critère de la Souffrance : Le seul gage d’authenticité de l’opposant est désormais la répression subie (l’emprisonnement, l’exil).
  • Le Jugement Différentiel : Les « Vieux Lions » (anciens dignitaires du régime) sont facilement réhabilités, leur passé étant réinterprété comme de la « maturité ». Inversement, les « Jeunes Loups » (nouvelles figures) sont présumés coupables. Leur participation au dialogue ou aux élections est immédiatement qualifiée de « trahison » ou de « collusion ».

​Cette obsession pour la pureté morale est une impasse. Elle détourne l’attention de l’opinion des programmes et de l’efficacité pour la fixer sur l’émotion et le passé personnel, créant le terreau idéal pour la division.

​2. 💸 Le Cœur de la Stratégie : Le Contrôle de l’Ascenseur Social

​Le véritable mécanisme qui alimente cette méfiance n’est pas idéologique, mais économique. Les régimes autoritaires, maîtres dans l’art de la survie, ont perfectionné l’art de vicier le jeu démocratique en utilisant l’arme économique :

  • L’Asphyxie du Financement Indépendant : En monopolisant les marchés publics, les subventions d’État, et les réseaux de distribution des richesses, le régime coupe les sources de financement autonomes de l’opposition. Sans ressources, les partis sont contraints de choisir entre l’invisibilité politique ou la dépendance financière à des acteurs liés, de près ou de loin, au pouvoir.
  • Le Marché de la Cooptation : Là où il n’y a pas d’emploi ou de promotion professionnelle en dehors du contrôle de l’État (ou de ses relais économiques), le régime transforme la politique en une lutte pour la survie. Le ralliement n’est plus seulement une idéologie, mais une nécessité économique.
  • L’Absence de Cadre Formel : Dans la plupart de ces pays, l’absence d’un statut formel de l’opposition (avec des droits, un financement et un accès aux médias garantis par la Constitution) rend l’opposant structurellement vulnérable aux offres du pouvoir.

​La Fabrique de l’« Opposition Utile »

​En contrôlant les conditions de survie politique, le pouvoir sélectionne et tolère une « opposition utile » : des acteurs qui contestent suffisamment pour donner une illusion de pluralisme, mais qui ne sont pas assez puissants, radicaux, ou organisés pour mettre réellement le régime en danger.

​Cette stratégie systémique donne une base tragiquement réelle à la thèse selon laquelle le régime fabrique ou instrumentalise sa propre opposition. Le peuple, observant que seuls certains opposants échappent à la répression, conclut logiquement qu’ils sont « de mèche », perpétuant ainsi le cycle de la stigmatisation.

​3. 💡 L’Appel à la Maturité : L’Impératif d’un Pluralisme Stratégique

​L’éveil des consciences africaines ne doit pas consister à rejeter en bloc toute l’opposition par peur de la manipulation, mais à déjouer la stratégie de la division en adoptant une évaluation stratégique et pragmatique.

​Le seul moyen de combattre un système qui excelle à diviser est d’imposer un Pluralisme Stratégique. La modération qui négocie des lois, le radicalisme qui impose les lignes rouges, et la participation institutionnelle sont tous des outils qui doivent pouvoir coexister sans s’autodétruire.

​Le peuple doit exiger des comptes aux acteurs politiques sur des critères objectifs et non émotionnels :

  • Cohérence Programmatique : L’opposant a-t-il un projet de société constant et documenté ?
  • Efficacité Concrète : Obtient-il des résultats tangibles (lois, projets locaux, mobilisation citoyenne) ?
  • Transparence et Constance : Ses alliances sont-elles cohérentes avec ses valeurs, et non pas guidées par la seule opportunité économique ?

L’Intelligence Commune africaine doit reconnaître que le seul ennemi n’est pas l’opposant divergent, mais le Statu Quo qui se nourrit de notre division. Accepter la diversité oppositionnelle et évaluer les acteurs sur leurs actes et leur projet, au-delà de leur niveau de répression, est la seule voie pour démanteler le piège économique et politique des dictatures.

Joël NOUBISSIE TCHASSOM

Rédacteur et Webmasteur pour le Sillon Panafricain.

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