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La vie politique sur le continent africain a été ponctuée ces trois dernières années par une série de coups d’Etats : le 24 mai 2021(Mali), le 5 septembre 2021(Guinée, Conakry), en septembre 2022 (Burkina Faso), au Niger le 26 juillet 2023, et au Gabon du 29 au 30 août 2023.

Dans chaque pays le pouvoir déchu est remplacé par un gouvernement de transition ayant à sa tête des hommes en armes. Faute de pouvoir obtenir par force un retour à l’ordre constitutionnel, les bailleurs de fonds et les organismes sous-régionales CEDEAO pour l’Afrique de l’Ouest et la CEEAC pour l’Afrique centrale ont à chaque fois exercé des pressions pour limiter la durée de la transition.

Pour comprendre notre point de vue, nous commençons par définir ce qu’est une transition. Une transition démocratique puisque c’est de cela qu’il s’agit, est un processus politique caractérisé par passage progressif d’un régime dictatorial, par exemple, à une démocratie. Elle peut avoir des visages différents dans chaque pays et s’étaler selon le cas, sur plusieurs années. Face à la pression de ce qu’il convient d’appeler « la communauté internationale », et aux pressions à la fois internes et externes, les différents présidents des transitions ont annoncé des chiffres aléatoires : trois années pour la Guinée Conakry, deux années pour le Gabon, le Burkina Faso et le Mali (délai non respecté par ce dernier au regard du calendrier) ; et de 15 à 18 mois pour le Niger. Aussi, nous nous posons un certain nombre de questions : qu’est ce qui se cache derrière cet empressement de la « communauté internationale » à demander des élections rapides ? Cette notion de « Démocratie » est-elle un piège dans lequel l’occident nous a enfermé depuis des lustres ? Et enfin c’est quoi la démocratie ?

Certains ont intérêt à avoir rapidement des civils à la tête des gouvernements

Si on part du principe que la démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. C’est donc un système dans lequel, la souveraineté appartient au peuple. Que ce soit en Guinée Conakry, au Mali, au Burkina Faso, au Niger ou au Gabon, les différents peuples ont considéré ces coups d’Etats comme une libération. Ils souhaitent d’ailleurs que les militaires restent au pouvoir jusqu’à la pacification totale du pays et l’adoption d’une nouvelle constitution. Et dans le même esprit ils pensent qu’à la fin de ces transitions, il serait opportun aux militaires au pouvoir de se représenter aux élections pour être définitivement légitimés par leurs citoyens.

Finalement à bien regarder, ce sont les maîtres d’hier qui considéraient les pays africains comme leurs sous-préfectures ou comme leur jardin privé comme le disait le roi belge au sujet de la RDC, qui sont pressés à mettre fin à ces transitions par l’organisation de nouvelles élections éventuellement réservées exclusivement aux civils. Nous rappelons ici à tous ces présidents de transition qui se réclament tous du panafricanisme que l’objectif d’une transition dans le contexte politique biaisé actuel, doit être la volonté de tendre d’une part, vers une véritable indépendance, et d’autre part, le rétablissement du peuple dans son légitime droit de souverain ultime.

Une indépendance souverainiste et non pas croupionne qui doit notamment se traduire par l’appropriation : de la sécurité du pays, la rédaction d’une nouvelle constitution pour redéfinir les règles de jeu, et d’une maîtrise de son économie à travers sa propre monnaie ou d’une monnaie sous-régionale. Et un rétablissement dans son rôle de souverain ultime, qui doit faire du peuple l’unique maître à bord d’un bateau dont il ne partage le commandement avec personne et surtout pas ses mandataires auxquels il n’aura délégué une once de son pouvoir que temps qu’il estime nécessaire de leur accorder. Et comme le dit notre compatriote Jean-Pierre Djemba dans l’une de ses dernières publications, « … la transition doit être intemporelle… », car personne ne peut prédire précisément à quel moment tous les problèmes pendants seront résolus. Enfin ne dit-on pas qu’entre nation, il n’y a que des intérêts ? On peut affirmer sans ambages que ces dernières ont intérêt à ce que la phase de transition soit brève uniquement dans le calcul de leurs propres avantages. Rappelons pour terminer d’une part qu’au sortir de la guerre, la transition assurée par le Général De Gaulle en France avait duré cinq années et non deux comme certains tentent d’imposer aujourd’hui aux africains, et, d’autre part, que quelle que soit l’importance que l’on doit accorder aux institutions, elles ne sauraient ou ne devraient en aucun cas être placées au-dessus de l’intérêt du peuple. L’homme doit en effet être au début et à la fin de tout processus institutionnel.

La place des militaires n’est dans les casernes que lorsque la démocratie est bien installée

Et pourquoi ? Simplement parce qu’au terme du processus démocratique, chaque chose institutionnellement est en place, et il a été assigné à chacun la partition qu’il doit jouer pour que le concert philarmonique donné par l’orchestre se passe dans le meilleur des mondes.

Maintenant après ce qui précède et qui avait des accents lyriques, lorsqu’on revient à la realpolitik qui gouverne malheureusement les affaires du monde hérité de la Deuxième guerre mondiale, et qu’il faut comprendre comme étant le jeu des alliances et des intérêts sans état d’âme des uns et des autres, l’expérience montre que de toute évidence, ce que l’on appelle « communauté internationale » ne voit pas d’un bon œil que des hommes en tenues capables de leur opposer un bras de fer soient leurs interlocuteurs. Il ne fait aucun doute que si le pouvoir au Niger ou au Burkina Faso était entre les mains de civils, la donne aurait déjà changée. L’aspect sécuritaire aurait été utilisé pour exercer une pression sur ces derniers ; ce qui passe mal avec les militaires qui le cas échéant, sont prêts à l’affrontement.

Depuis l’indépendance factice que l’occident nous a accordée, nous avons été piégés et enfermés dans cette notion de démocratie avec un civil au pouvoir. Nous avons toujours eu dans le pré-carré français à quelques exceptions près des civils au pouvoir. Quel est le bilan que l’on peut objectivement dans l’intérêt du peuple tirer de près de 60 années de pouvoir civil ? Cette question mérite sérieusement d’être posée à la fois sur le plan démocratique au regard de la façon dont sont organisées les élections, et sur le plan social, au regard des conditions de pauvreté des masses africaines qui manquent pratiquement de tout. Et ce n’est pas une figure de rhétorique mais une réalité concrète.

A notre avis, seule la souveraineté assumée en toute responsabilité par le peuple maître de son destin devrait marquer la fin de la transition. Jusqu’à preuve du contraire, seul le militaire peut garantir la liberté et la sécurité des citoyens. Nous conseillons donc à tous les présidents de transition de n’y mettre fin que lorsque la démocratie sera réellement installée. Une démocratie qui permet aux citoyens de choisir librement et sans être inquiétés ses dirigeants. Les élus reçoivent dans ce cas des mandats qui peuvent leur être retirés à tout moment, si les objectifs ne sont pas atteints ou trahis. C’est la seule magie qui permettra aux fils du continent africain de revenir le construire et d’arrêter de mourir inutilement en mer.

La nouvelle génération des militaires est une chance pour l’Afrique

Il n’y a pas de développement possible pour un pays sans sécurité. La RCA a tellement compris cet état de fait qu’il se murmure que ce pays souhaite voir installer une base militaire russe sur son territoire…Les pays de l’alliance Lipkato-Gourma (Mali-Burkina Faso-Niger) étaient connus comme étant parmi les pays les plus pauvres au monde. Le Niger pays exportateur de l’uranium dépend toujours du Nigéria voisin pour sa consommation d’électricité. Depuis que des militaires ont pris leurs responsabilités en destituant ces civils qui n’étaient que des suppôts de l’administration coloniale, la donne change progressivement. Ces pays sont désormais courtisés pour leurs nombreuses richesses du sol et sous-sol.

Au Mali par exemple, la région de Kidal, et beaucoup d’autres étaient interdites aux Maliens pour cause de terrorisme. Aujourd’hui, le gouvernement du colonel Assimi Goïta a mis fin à cet état de fait. Il est vrai qu’il subsiste encore ici et là des poches de terrorisme, mais la situation est désormais sous le contrôle des forces armées maliennes (FAMA).

Au Burkina Fasso le capitaine Ibrahim Traoré a parié de travailler sur deux axes (sécuritaire et auto-suffisance alimentaire). Il a remis les Burkinabè au travail et les premiers résultats sont déjà palpables.

Au Niger, aux dernières nouvelles, sa réserve de pétrole avoisine 2 milliards de baril. Le pays produira 200 000 barils par jour en 2026. Le peuple est dans la souffrance suite aux sanctions de CEDEAO, mais considère cela comme le prix à payer pour la liberté.

Au Gabon le général Brice Oligui NGUEMA président de la transition à l’occasion de son message de fin d’année à la communauté nationale et internationale a fait son bilan des quatre premiers mois, plutôt flatteur non ? Même si certains estiment qu’il a priorisé la dette extérieure, pour l’instant, les Gabonais se sont mis de nouveau à légitimement rêver ; nous le souhaitons pour tous nos enfants. En guise de conclusion, l’acharnement des forces tapis dans l’ombre à essayer des coups de force dans ces régions de l’Alliance Lipkato-Gourma pour renverser ces militaires aujourd’hui aux commandes nous prouve s’il en était encore besoin que ces derniers sont sur la bonne voie.

Enfin les africains commencent à savoir ce qui est bon pour eux. Nous avons longtemps été la risée du monde entier. Tenez par exemple, sur un plateau de la télévision française, l’ancien premier ministre de la France Michel ROCARD paix à son âme disait ceci au célèbre écrivain camerounais Mongo BETI paix à son âme : « …Mais voyons, vous n’allez tout de même pas nous demander de réfléchir à la place des africains… ». Je l’avoue, les autres ne peuvent pas réfléchir à notre place sans arrière-pensée.

L’Afrique à travers ses choix, se doit de montrer au monde entier que « l’intelligence » est universelle, c’est le prix de sa respectabilité. Nous sommes déjà en Afrique, dans une autre forme de guerre non déclarée comme celle imposée aux combattants de l’U.P.C. au Cameroun dans les années 1950 à 1970, ne cessent de nous rappeler certains panafricanistes… L’Afrique doit rester une terre d’hospitalité, de partage, mais cela ne doit plus se faire au détriment de ses propres entrailles.

Paul Yamga pour le www.sillonpanafricain.net

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